(Avec Olivia Tapiero, Ève Landry et Julie Delporte, nous avons imaginé un projet où continuerait la culture malgré les temps incertains. Voici notre communiqué : )

Il y a un climat de panique qui s’installe, qui est déjà bien installé. Il importe de retrouver un sentiment d’unité en dehors de la crise sanitaire, dans des espaces collectifs, libres et accueillants.

Alors que le milieu de l’événementiel encaisse un coup dur, les milieux artistiques ripostent. Les manches se retroussent et les initiatives culturelles alternatives se multiplient déjà. C’est magnifique et salutaire. Il nous reste un peu de lumière. Isolé.e.s, mais toujours à un clic, une storie, une publication d’être ensemble, réuni.e.s. Parce que la solidarité (même numérique) compte plus jamais.

Nous refusons nous aussi de laisser le récent bouillonnement du milieu culturel québécois se refroidir. Nous refusons de nous enfermer dans le silence et la solitude, l’inaction et l’isolement total. Pour déjouer ce virulent sentiment d’étrangeté, il nous semble pressant de réhabiliter les espaces communs, notamment par la mise en place de systèmes de diffusion alternatifs et accessibles : le bon vieux web.

Dans ce whitenoise angoissant, nous voulons occuper l’espace médiatique avec ce que nous faisons de mieux : créer. Nous voulons renouer avec une vie qui n’est pas figée — qui n’est pas craintive, amorphe ou absorbée par le divertissement facile et convenu. Une vie faite de pratiques artistiques. Parce qu’au-delà des zones grises, il nous reste une certitude : la fermeture des lieux de création et de diffusion culturelle ne signifie pas la mort de la création.

Nous nous adaptons. Nous déplaçons la « scène » vers le web. Elle n’est pas nouvelle, l’urgence de créer ; de continuer le geste créateur. Seulement une urgence appuyée, soutenue, une urgence pressée par un impératif besoin de résistance.

Les mesures préventives sont sérieuses, tout comme la création.

Nous nous donnons un lieu de réflexion, un forum, une vitrine, ou du moins un espace ludique. Quelque part entre la poésie, les pratiques artistiques, la culture du mème, l’envie d’avoir du fun. Il faut investir l’immobilité de la situation imposée pour en forger quelque chose qui nous ressemble. En faire émerger une culture poétique, numérique et solidaire. En rire en peu, aussi.

C’est avec le soutien d’une communauté engagée tenant son envie de vivre à bout de bras que nous continuons d’aller à la rencontre de l’autre. De poursuivre un geste essentiel, dans la collaboration : celui de créer, de communiquer, de s’offrir un peu de lumière. C’est de se prouver, une fois de plus, que nous avons la force du nombre. Que nous nous soutenons, même à distance. Qu’on écrit, vit et aime ensemble, coûte que coûte. Subvention ou pas, lieux de diffusion ou pas, nous continuons de créer. Nous occuperons l’espace médiatique, en le bombardant de nos visions, nos démarches et nos présences. Se réapproprier l’événement : transformer la quarantaine en contenu.

corona_culture, c’est un format collaboratif d’arts littéraires — ni plateforme ni galerie, mais notre objet étrange entre bibliothèque et scène ouverte, pour un peu plus de « nous » à un moment où il faudrait se défaire du « chacun pour soi ». Il sera investi par différent.e.s artistes, alimenté de contenus et de sessions live. Avec la participation de Maude Veilleux, Olivia Tapiero, Lily Pinsonneault, Simon Brown, Marilou Craft, Julie Delporte, Ève Landry, Hélène Bughin, Pascale Bérubé et bien d’autres.

Pour recentrer un sentiment de calme dans tout ce bruit.

Pour réapprendre le sens de la collectivité, contrer la solitude.

Pour feeler mieux.

Pour le droit de ne pas échouer le temps qui passe — pour ne pas enfermer l’être dans son salon — ne pas laisser l’espoir s’échouer sur la berge. Peut-être que c’est pour ça. Peut-être que c’est juste pour ça.

Et ça, c’est freaking beau à voir.

 

Hélène Bughin, poète, étudiante à la maîtrise à l’Université de Montréal et autrice du blogue Lis-moi ça
Ève Landry, autrice et productrice d’événements en arts littéraires
Olivia Tapiero écrit et traduit. Elle est aussi musicienne.
Visuels réalisés par Julie Delporte