PAR HÉLÈNE BUGHIN

PARTY

la langue vibre encore
restant de nuage sur le palais
fondue jusqu’aux amygdales
une idée acide roule en bouche
chatouille le cerveau

 

encore et encore la clope et encore le bout entre les lèvres et toujours assis sur ma langue l’absence comme une lourde bille qui roule et s’enfonce dans ma langue toujours plus en plus profonde cette vibration cette envie de mordre cette envie de croquer d’arracher de contraindre avec ma mâchoire l’univers respirer des torrents immenses des courants de puissance           mâcher            déchirer          étaler l’univers mou et savoureux et hédoniste sur ma langue électrique je pense à fumer je pense à fumer je pense à fumer je pense encore à m’encrasser la moindre parcelle de ma cage à souffle pour enfin mieux respirer

 

mordre, sucer
qu’importe

ma langue est vide ma langue se creuse ma langue s’amaigrit rétrécit quand rien ne la gonfle la charrie la charrue la salope à toujours vouloir se faire étouffer,

ma langue

 

mes narines ont la texture du papier
tout déchire quand j’inspire
je me frotte la plotte à sec
du feu s’en échappe

murmure écartelé prière renversée sur le dos furieuse comme un éclair je tangue dans le ciel noir

regardez

je suis déjà partie

 

 

PLOTTE

j’ai une face à effouérer une queue dessus
lèvres charnues, gonflées
modelées pour une graine

 

ma face, les traits parfaits pour y beurrer du cum
ma face, un vide où fourrer un gland
docile et sage

 

ma face, image qu’on attrape, qu’on pétrie et qu’on écrase sur sa poche pleine de poils
ma face, Marie pleine de graisse

 

Sainte-Grâce où étendre ses saints fluides
mon corps, cette plasticine comestible

 

« t’es quand même belle pour une grosse »

 

au milieu de la photo blurry
a pretty drunk in calvin klein’s underwear
se tortille et se cambre
ses hanches presque disloquées

ses courbes crèvent l’écran

 

 

 

PATHOS

longtemps j’ai voulu extraire de l’amour
une pommade un pétrole cicatrisant

 

une huile pour mon corps
remplir mes crevasses

 

longtemps j’ai cru aux pouvoirs des promesses
à l’enchantement des miracles à venir

 

je navigue dans ma douleur laiteuse
étouffée par le sperme indésiré

 

chaque jour je me découvre une ride aux coins des yeux
je la crève

 

ni le sommeil ni la mort ne l’emportent

 

pas regardable au pire arrosable de cum

 

une bonne chair un bon cul
des cheveux à agripper
une croupe à relever
une gorge à étreindre

 

pas photographiable à peine fourrable
fantasme de service à peine rappelable

 

consignée parmi les pertes

 

on dira de mes selfies qu’ils ont été la preuve de ma vanité
je dirai ceci est mon corps, dévorez-le
avant qu’il ne pourrisse

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