par HÉLÈNE BUGHIN

Depuis que Lettres québécoises a changé de mouture pour devenir LQ en 2017, je capote SO-LI-DE. J’avoue d’emblée n’avoir jamais vraiment lu avec assiduité la version précédente, parce qu’elle n’attirait tout simplement pas mon attention. Si dans la vague ponctuelle des nouveaux numéros son ancienne maquette se confondait dans la masse, c’est là que la nouvelle équipe éditoriale réussit avec brio: en mettant de l’avant un visuel attrayant, en plus de produire du contenu de qualité accessible à tous celleux intéressé.e.s à découvrir ou redécouvrir la littérature québécoise contemporaine. Compte rendu d’une revue en plein fleurissement.

PLACE À LA CRITIQUE

Leur premier numéro, un dossier sur Catherine Mavrikakis, a vivement piqué ma curiosité. Sa couverture sobre et punchée accroche l’œil, tandis que le thème, « État de la critique québécoise », m’a surpris par son audace. C’est avec plaisir que j’y ai découvert des articles pointus sur une discipline en mutation, des questionnements, des observations, des pistes de réflexions enfin formulés par des connaisseurs à la plume aiguisée.

34687540_10214399415533359_7415526010256359424_n.png

Les critiques en elles-mêmes, cœur du projet, sont exactes, sensibles et réfléchies. Elles touchent aussi bien le roman que la poésie, l’essai, le théâtre, la bande dessinée, pour ne nommer que ceux-ci. Un pari audacieux, mais qui insuffle de l’espoir dans le panorama littéraire alors que les médias abandonnent progressivement le poste spécialisé de critique au profit de comptes-rendus rédigés, et ce bien souvent sur le coin d’une table. Et ces critiques ne sont pas toutes positives, ce qui rajoutent à l’expérience ; on sent un intérêt pour le texte et la justesse d’une lecture rigoureuse. À quoi bon ignorer les navets quand on peut tant apprendre des échecs ?

Pour sa part, le système de notation par étoiles permet au lecteur de se repérer dans le torrent de critiques (est-elle positive, négative, mitigée ?), en plus de ponctuer le commentaire d’un indicatif visuel dont l’indice qualitatif nivelle entre cinq étoiles pour excellent et une pour nul. Puis, à côté de la notation étoilée, on retrouve la couverture format réduit : un autre bon moyen de naviguer la revue, puisqu’on a qu’à tourner rapidement les pages pour tomber sur un titre spécifique dont on veut lire le retour critique. Chapeau à la mise en page en général, soignée et bien pensée.

ET PLUS ENCORE

Outre ce gros morceau critique, « pierre d’assise de [leur] mandat », tel que l’équipe l’écrit elle-même, chaque numéro met en scène un.e écrivain.e. Sa présentation se déploie par l’entremise d’un autoportrait, d’un portrait, d’un questionnaire, ainsi que d’un tour guidé de sa bibliothèque, pour finir en beauté avec un dossier sur l’œuvre complète. Le lecteur a donc l’accès privilégié au monde vivant et solide derrière la création. En passant par plusieurs points de vue, l’image statique de l’écrivain.e se libère pour donner la parole au concerné tout en restant intelligent, intelligible et réfléchi.

En addition, on y retrouve aussi une section « Vie littéraire » composée de chroniques et de réflexions en tous genres sur moult sujets du moment, à la guise de l’observateur convié. Par exemple, dans le numéro mettant en vedette l’excellente Audrée Wilhelmy, le chroniqueur Dominic Tardif trace le portrait de Gaëtan Dostie et de sa médiathèque regorgeant de trésors, d’artéfacts précieux. Stéphane Dompierre, quant à lui, signe une BD illustrée par Pascal Girard, « Jeunauteur », une vision amusante et parfois touchante de la littérature et de ce qui s’y rattache.

En guise de conclusion, LQ laisse carte blanche à trois créateurs. Un poème, une nouvelle et une lecture illustrée inédits, les mandats créatifs sont à chaque fois remplis par un nouvel écrivain.e ou artiste. Portant sur l’œuvre de Marie-Claire Blais, le dernier numéro contient entre autres un poème inédit de Jean-Christophe Réhel, dans un style et un registre divergeant de ce qu’il écrit habituellement dans ses recueils (mais qu’on retrouve sur sa page Facebook). Ces dernières pages sont finalement conclues par des « Critiques pour emporter », deux ou trois phrases bien courtes, assez justes pour donner envie de se renseigner davantage sur l’œuvre en question, ou de simplement se la procurer compulsivement.

Même les publicités s’accordent au concept ! Exit les placements de produits et publicités hors sujet, on intègre plutôt de pleines pages consacrées à des maisons d’édition et leurs nouveautés. Preuve ultime que la revue s’accorde dans son ensemble et que son tout est en harmonie avec la mission intrinsèque du périodique, qui est de faire rayonner et vivre la littérature d’ici.

34788678_10214399409093198_1108185945590464512_n

RICHE ET FESTIVE

Après quatre numéros, LQ se révèle être une revue littéraire riche et enrichissante, d’où foisonnent des textes de tous genres, mais toujours peaufinés et justes. Captivante, elle devient un espace où se déplie une vie littéraire en pleine forme. Des faits sont rectifiés, discutés, les auteur.es prennent radicalement vie, l’écriture prime, le contenu s’anime. J’ai aussi remarqué qu’elle se renouvelle au fil des publications, s’ajuste, modifie et coordonne pour fignoler davantage le moindre détail : la couverture du dernier numéro, celui sur Marie-Claire Blais, affiche sobrement le nom de l’autrice et son portrait, sur un fond délicieusement noir profond. Si on ne peut pas juger un livre à sa couverture, LQ prouve tout de même qu’une bonne présentation visuelle et un design attirant peut être synonyme d’un contenu de qualité.

Psst! Ils lancent justement leur numéro d’été 2018 le 20 juin à l’Escogriffe.

Pour s’abonner : LQ

Publicités