Par HÉLÈNE BUGHIN

La scène d’En attendant sa chute est au septième étage d’un bloc appartement en plein Vieux-Montréal, avec une vue imprenable sur la piste cyclable qui mène au Canal Lachine. Faisant fi des risques d’averse, l’équipe a heureusement pris la chance d’installer le micro dehors, dos à l’horizon, sous des banderoles festives. Ainsi est transformé le jardin communautaire du toit sur lequel nous sommes regroupés en petite salle de spectacle à air ouverte.

Organisé par deux résidentes de la Coopérative Cercle carré, le spectacle de poésie promet son sur événement Facebook (affiché complet quelques jours avant) des voix fortes et émergentes, pour « faire résonner des voix et des résistances en plein cœur de cet espace hostile et hégémonique ».

 

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Clémence Dumas-Côté lisant un extrait de « L’alphabet du don »

 

Les spectateurs, dispersés en petits groupes, discutent sur fond de paysage métropolitain : entre les bâtiments industriels, l’enseigne de la Farine Five Roses clignote, apposée sur un ciel de grands nuages bleutés. L’humidité colle aux cheveux, le soir tombe lentement et on perçoit, lointains, quelques éclairs timides. Certains poètes attendent texte à la main, une bière dans l’autre.

 

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Jean-Christophe Réhel

 

« On se pitche all in, des textes lancés aux condos d’en face, la poésie qui prend le dessus pour une fois. On s’accroche à rien, on n’y pense pas trop, on veut dire : on plonge dans le vide car c’est comme ça qu’on veut la vivre la poésie, le temps d’une soirée », annonce la description de l’événement. Et comme pour y faire honneur, dès les premières prises de parole, un écho naît et rappelle les immenses structures et gratte-ciels aux alentours. Silencieux, les auditeurs sont hypnotisés par les lectures qui s’enchaînent – comme si la hauteur conférait une férocité à la déclamation, comme si l’immensité de l’horizon rendait plus grande encore la portée de la voix. Un des invités, pendant sa lecture, crie à plein poumon au micro, dans un élan exutoire qui résonne dans la ville.

 

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Marie Darsigny

 

 

Au final, et malgré une pluie soudaine qui a contraint la retraite en des lieux secs, la soirée se déroule à merveille – les textes sont riches, surprenants, vifs, consistants.

 

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Emmanuelle Riendeau

 

Et alors que nous quittons à la queue-leu-leu le toit, que la nuit s’installe définitivement sur Montréal et que s’illuminent les rues et les fenêtres, j’entends deux filles discuter :

« C’tait tellement beau que même quelqu’un qui aime pas la poésie aurait aimé ça ».

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