BRIGITTE EST PAS FOLLE

par SIMON HARVEY

 

La période des fêtes m’a permis de dépoussiérer, dans ma bibliothèque, quelques livres m’attendant depuis le mois de septembre. J’avais peut-être bien fait de ne pas tous les lire. L’un m’a fait demander pourquoi ce roman était un succès de librairie, tandis que d’autres ont su marquer mes vacances. C’est surtout le deuxième tome de la trilogie Brigitte des Colères (2010-2012), de Jérôme Lafond, qui m’a fait le plus réfléchir sur la mince ligne qui existe entre création et folie. Dans L’exterminacoeur(e) (2011), Brigitte sort tout juste de l’hôpital et elle tente de reprendre une vie normale, quoique celle de notre héroïne reste toujours en marge.

Le premier tome de la série nous invitait à plonger dans l’univers chaotique et poétique de la jeune fille rousse de Sainte-Scholastique dans les Laurentides. Sa lecture surprenait par les machinations et les fabulations de Brigitte. J’avais durant ce premier tome laissé de côté l’entreprise artistique au détriment des actions de la jeune pyromane.

Brigitte et moi avons manifestement eu du temps pour réfléchir sur la puissante inspiration artistique qui sommeille en nous, celle-là même qui, s’apparente parfois à de la folie. Elle embrasse littéralement et littérairement cette douce folie, entre autres par sa relation avec Béatrice, étudiante en art visuel au Cégep. La santé mentale et la création sont mises en scène par cette relation dès les premiers chapitres.

Brigitte est en admiration envers les toiles du groupe d’art thérapeutique « Doux nocturnes ». Cinéma, art visuel et tous les genres littéraires passent dans ce roman. L’intermédialité et l’intextualité y sont intégrées avec soin. Ils apparaissent comme des références typiques pour nos deux jeunes cégépiennes.

La force du texte réside dans bien plus encore. La narratrice interrompt régulièrement la focalisation de son récit, nous faisant passer d’une tranche de vie dans la peau d’un chat à l’inquiétante allégorie de la « pucelle-coccinelle ». Tout aussi, il y aurait à vanter la présence directe de poésie à travers les différents chapitres, des simples vers qui viennent en tête à Brigitte et qui parsèment l’écriture de sa propre histoire. Cette poésie accompagne tel un filet de secours la morosité de sa réalité. Signe ici que la folie créatrice est peut-être le seul remède aux maux du quotidien. Accepter qu’il sommeille en nous des grains de folie : c’est l’un des messages de Brigitte. Voilà le puissant moteur qui permet à ce récit de post-hospitalisation de se développer.

 

Je ne sais pas si je suis fou, mais c’est ça que je vois là-dedans.

 

Vous pouvez vous procurer la trilogie de Brigitte des Colères de Jérôme Lafond en cliquant ici.

 

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