LES FEMMES DU NORD

Par FLORENCE FALGUEYRET

Je suis comme les femmes de Salluit

Ne gardant mon souffle que pour moi-même j’habite le nord de mes os rendus trop froids pour ne pas succomber je suis presque morte je suis comme les femmes de Salluit et je m’en veux de m’associer au nord je n’en fais pas partie je n’ai que commencé pourtant je croirais avoir fini j’en ai presque fini avec mes peurs suffocantes.

Les bras maigres les jambes ouvertes

Pour toi mon homme mon renard dans notre tanière nous parcourons des milliers de kilomètres en quelques secondes nous sommes une procession de pénitence nous sommes si maigres nos corps ne supportent plus le poids de nos rêves ils se départissent de tout le reste.

Je connais les mots je garde la bouche fermée

Silencieuse jusqu’à m’abimer on me bouscule on me retourne j’en suis presque inconsciente je ne suis plus personne je ne représente plus rien les contours de ma peau sont défaillants j’ai perdu ma volonté de conquête quand j’ai su que les femmes de Salluit ne disent plus rien même pas je t’aime.

J’attends

Dans l’imperceptible.

On m’écarte on me laisse traîner

Sur le parvis de l’église j’ai prié pour la millième fois peut-être j’ai espéré retrouver quelque chose que j’avais perdu je ne me rappelle plus je ne me souviens plus à quel moment c’est arrivé pourtant il me reste des souvenirs mais je ne réalise plus à quel moment c’est arrivé.

Je fabrique des bébés à la douzaine

Les jambes ouvertes pour tous ceux qui peuvent me rendre ce qui me fait défaut  je fais des bébés renards et des bébés narvals ce sont mes animaux ils sont bien plus gentils que moi ils me touchent de l’intérieur ils voudraient me prendre la main me donner l’éternel mais je ne peux pas je ne peux plus ils me donnent la nausée j’aimerais autre chose je ne me rappelle plus quoi.

Ils meurent tous je n’en peux plus

Que puis-je faire pour sauver mes petits animaux j’ai essayé de leur rendre leurs baisers pourtant ils meurent encore j’aimerais poser une question qui pourrait à la fois me fournir la réponse c’est impossible.

J’ai presqu’arrêté de prier

Pourtant s’il t’arrivait de tomber malade je pourrais recommencer je pourrais être Kateri Tekakwitha pour toi je pourrais me sacrifier saoule sur un quatre roues j’ai presque arrêté mais presque m’enlève toute gratification je ne me donne plus le temps de réfléchir la nuit j’ai sonné toutes les cloches dans ma tête pour que tout résonne je n’entends plus rien d’autre.

J’ai presque arrêté de pleurer

Mais presque m’enlève toute gratification.

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