COCO : UN ROMAN MAGNIFIQUEMENT TROUBLANT

PAR GABRIELLE IZAGUIRRÉ-FALARDEAU

Je connais peu Antoine Charbonneau-Demers. Nous nous sommes vaguement côtoyés il y a quelques années alors que nous suivions des cours de théâtre. J’ai eu la chance de le voir à l’œuvre sur scène à quelques reprises. Il m’avait toujours paru excessivement sympathique et talentueux, mais notre relation étant ce qu’elle était, c’est-à-dire relativement inexistante, je n’avais jamais eu l’occasion de valider cette hypothèse avec certitude.

C’est pourtant sans surprise que j’ai appris qu’il avait écrit un roman et, en plus de ce dernier fait qui peut, en soi, être considéré comme un exploit, qu’il en avait été récompensé du prix Robert-Cliche. Intriguée, je me suis empressée de confirmer ma participation au lancement à Rouyn-Noranda, le 1er octobre.

Ce soir-là, le Gisement, chaleureux bistro-chocolaterie de la rue Principale, était bondé de professeurs de littérature du Cégep, de vieilles connaissances de l’auteur et de curieux, comme moi. Nous avons fait la file pour récupérer notre copie de ce petit livre à la tranche bleue, espérant une dédicace avec impatience. Lorsque mon tour est arrivé, Antoine, fidèle à lui-même, m’a saluée comme une bonne amie, me questionnant sur ma vie et sur mes projets.

À peine quelques instants après avoir signé la première page de mon exemplaire, il s’est mis debout sur une chaise haute du bar et a accueilli nos applaudissements avec humilité. Il a pris le temps de remercier les cinquante professeurs présents et a déploré le fait qu’on tendait, de nos jours, à faire croire aux jeunes que ce genre de carrière, en théâtre ou en littérature, ne valait pas grand-chose. C’était à la fois beau et vrai. Prétextant une certaine gêne encore présente par rapport à son texte, il a choisi de faire lire un extrait par un employé de la place. Ce dernier a déclamé un des « entre-chapitres » intitulé « Le monologue de Juliette » avec conviction. Il s’agit d’un passage fort du livre durant lequel un des personnages exprime sa colère et son exaspération de façon plutôt crue.

J’ai commencé ma lecture le soir-même. Coco raconte l’histoire (et là ce n’est pas moi qui le dit, c’est la quatrième de couverture) d’un garçon de 12 ans qui est repéré par Marie-Thérèse Lambert, « une actrice tordue et malheureuse qui décide de le prendre sous son aile. Des années durant, elle lui apprendra à se délecter de son propre malheur et, surtout, à susciter la pitié des autres – comme le faisait son alter ego, l’infâme Kamelia Kaze, du temps où elle se suicidait sur les scènes de New York. »

J’ai lu ce roman en très peu de temps. Il faut dire que c’est un livre assez court, mais qu’il est développé de façon fluide et efficace. Antoine Charbonneau-Demers a un style unique. Il alterne sans difficulté le discours littéraire aux dialogues crus, dialogues dont je ne suis habituellement pas une amatrice, mais qui, ici, se sont révélés pertinents. Le livre est construit selon un enchaînement de chapitres et d’entre-chapitres, où l’on nous montre les points de vue des autres personnages et les divagations de Coco par rapport à Kamelia Kaze, l’alter ego de sa professeure qui le fascine et le hante. La relation que le protagoniste développe avec Marie-Thérèse Lambert se compose autant d’amour que de haine et le roman joue beaucoup sur ces contrastes, ainsi que sur la psychologie complexe des personnages. Coco semble être dans une quête constante d’identité et de sensations. Il cherche l’amour et l’admiration de Marie-Thérèse tout en la haïssant du plus profond de lui-même. Ça peut paraître dur à suivre, ça l’est d’ailleurs parfois, mais on s’y fait.

Bref, Coco est une lecture qui vaut le détour et j’ose espérer que même si Antoine gradue cette année du Conservatoire d’Arts dramatiques, il saura nous offrir d’autres bons moments de lecture.

Coco est disponible en cliquant sur ce lien chez VLB éditeur. 

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